Newsletter (La peur de) Parler en public en anglais

QUESTION

Salut Fabien,

Je reçois et lis tout tes e-mails, merci beaucoup. Grùce à toi j'ai progressé en anglais, et je penses que je me débrouille un peu mieux qu'avant. Mais voilà j'ai toujours ce problÚme d'aisance à l'oral. Je pratique l'anglais en classe et j'ai du mal à m'exprimer
devant tout le monde, ou bien mĂȘme devant la prof. Je perds tout mes moyens, et mon accents se dĂ©forme totalement. Alors qu'avec des amies on arrive Ă  avoir des conversations plutĂŽt correct...

Je voulais savoir comment réussir à vaincre cette peur de l'oral. Je sais bien qu'il faut que je me force, mais malgré le fait de me motiver et de me dire que ce n'est rien, ça me bloque.
Voilà, en attente d'une quelconque réponse de ta part, je te souhaite une bonne continuation.
Cordialement,
Isa-Aura.

MES COMMENTAIRES :

Hello Isa-Aura,

Merci pour ta question, honnĂȘtement, ça me rappelle des souvenirs! Il y a une idĂ©e assez rĂ©pandue (et vĂ©rifiĂ©e) selon laquelle la prise de parole en public est la plus grande peur chez la majoritĂ© des gens! C'est une peur plus forte que la peur de la mort! (Le comĂ©dien Jerry Seinfeld fait remarquer que cela veut dire que, Ă  un enterrement, les gens prĂ©fĂ©raient encore ĂȘtre dans le cercueil plutĂŽt que de donner l'Ă©loge funĂšbre!)

Au-delĂ  de la plaisanterie, on peut voir que la peur de la prise de parole en publique est trĂšs naturelle. Notre entourage, proche ou mĂȘme un peu plus distant, a un impact Ă©norme sur nous. Il nous influence, il nous renvoie notre image de nous-mĂȘme et, qu'on le veuille ou non, on juge les autres et les autres nous jugent. Nous cherchons tous, aussi, Ă  nous rapprocher des gens qui nous plaisent, nous inspirent et nous font nous sentir bien, et Ă  nous Ă©loigner de ceux qui nous mettent mal Ă  l'aise ou, pire, nous causent de la honte. Face Ă  ce mĂ©li-mĂ©lo de rapports humains, il est naturel, tout bonnement, de ne pas vouloir passer pour un ou une idiote en face d'un groupe! Le groupe a toujours raison et s'il nous renvoie une image nĂ©gative ou une sensation de rejet, c'est horrible.

(Au passage : la zone de notre cerveau qui gĂšre la douleur physique se trouve au mĂȘme endroit que celle qui gĂšre le rejet, ce qui pourrait expliquer que le sentiment d'ĂȘtre rejetĂ© soit aussi intense et dĂ©sagrĂ©able. Sans doute que, Ă  la prĂ©histoire, le fait d'ĂȘtre rejetĂ© Ă©tait un bon indicateur de problĂšmes Ă  venir. Il Ă©tait difficile de survivre sans le soutien du groupe. D'oĂč l'importance et l'impact du rejet sur notre nature humaine.)

Alors, nous avons besoin de pratiquer la prise de parole en publique mais nous ne voulons pas risquer de subir toutes ces émotions désagréables...

Comment sortons-nous de cette impasse?

A une Ă©poque, j'Ă©tais extrĂȘmement timide, asocial, et je donnais certainement tous les signes d'ĂȘtre franchement handicapĂ© socialement. (Je ne plaisante pas! Je n'Ă©tais pas loin d'ĂȘtre Rain Man! C'Ă©tait horrible! Et c'est pourtant maintenant un lointain - et maintenant amusant - souvenir.)

Un moyen trĂšs simple pour faire face Ă  sa peur de parler en public dans un environnement sĂ»r mais excitant, est : le thĂ©Ăątre d'improvisation. On apprend Ă  gĂ©rer son stress, sa voix, la pression de faire les choses en direct... Et on s'autorise Ă©galement Ă  dire Ă©normĂ©ment de choses stupides, qui sont toujours mieux que de ne rien dire car elles nous exercent Ă  prendre le contrĂŽle de nous-mĂȘmes. Lorsqu'une improvisation n'est pas drĂŽle, c'est gĂ©nĂ©ralement trĂšs drĂŽle quand mĂȘme (justement du fait que ce soit ratĂ©) et, quand c'est rĂ©ussi, c'est tout bonnement gĂ©nial (drĂŽle, surprenant, intense).

HonnĂȘtement, je pense que c'est une activitĂ© que tout un chacun devrait faire au moins une fois dans sa vie. Cela permet de mieux se connaĂźtre, de se faire des amis, de se dĂ©sinhiber et, Ă©videmment, de dĂ©velopper notre capacitĂ© Ă  improviser, pas juste au thĂ©Ăątre mais dans une foule de situations du quotidien. Cela enseigne Ă  communiquer et est une sorte d'atelier pratique de dĂ©veloppement personnel, sans le cĂŽtĂ© parfois bien trop Ă©sotĂ©rique du dĂ©veloppement personnel.

On peut se dire que cela n'a rien à voir avec l'anglais. Directement, non, bien sûr. Mais les capacités à parler en public, à projeter sa voix, à articuler... sont autant d'atouts qui serviront toujours, quelle que soit la langue dans laquelle nous communiquons.

C'est ce qu'il y a de plus proche d'une solution magique.

Recherche donc les clubs, cours, ateliers d'improvisation théùtrale prÚs de chez toi grùce à Google. Il y en a partout en France. Ce n'est pas si cher et c'est un investissement en toi dont tu te souviendras des années. Il n'y a pas mieux.

(Au-delà de l'impro : rencontrer réguliÚrement des inconnus aide énormément. Que ce soit en France ou à l'étranger, cela nous aide à dompter notre peur de l'inconnu. CouchSurfing, MeetUp, OnVaSortir, les voyages aussi, bien sûr, plutÎt en auberge qu'à l'hÎtel, sont autant de moyens de rencontrer des inconnus. Ensuite, cela devient une habitude, on se désinhibe de cette peur, à lui avoir fait face, et elle n'a plus d'impact sur nous).

Voilà, j'espÚre évidemment une chose : c'est que cela t'a donné envie de faire de l'impro!

Sur le cĂŽtĂ© purement anglais et technique de la chose, bien connaĂźtre la phonĂ©tique et ĂȘtre habituĂ© Ă  dire les phrses que nous voulons dire aident beaucoup. Mais, pour la prise de parole en public, cela a un impact moins fort sur nous que la dimension sociale de l'exercice.

Bon anglais, bonnes rencontres et Ă  bientĂŽt!
Fabien