Newsletter Devenir bilingue en espagnol

Hello Cher lecteur

Pour ce courrier et le prochain, nous allons parler d'autres langues que l'anglais, juste pour voir Ă  quel point apprendre une langue est UNIVERSEL. Les principes qui vous serviront Ă  apprendre l'anglais efficacement vous serviront Ă  apprendre l'espagnol efficacement, par exemple. Illustration avec l'histoire qui suit. Bonne lecture!

QUESTION

Bonsoir,
Je viens de lire ton livre "Le don des langues". Passionnant.
Je travaille beaucoup l'espagnol et j'ai le projet de me remettre sérieusement à l'anglais.

J'apprends l'espagnol en autodidacte depuis environ 4 ans, assez tranquillement, et de façon plus importante depuis que j'ai dĂ©couvert tes mĂ©thodes. J'ai plus de motivation, je me donne des objectifs, et mes progrĂšs me reboustent en retour. Je me dis clairement maintenant que mon objectif est d'ĂȘtre bilingue, et je sens que cela va ĂȘtre possible bientĂŽt, alors que pendant longtemps je n'osais pas avoir cet objectif, avec la fausse croyance que ce serait trop difficile.

Pendant longtemps j'ai privilégié l'écrit, j'étais trÚs scolaire, mais mon investissement n'était pas régulier, souvent lassée par la grammaire ou vite fatiguée par des lectures difficiles et je me retrouvais plusieurs semaines sans travailler cette langue...
J'ai compris que je nĂ©gligeais l'oral... et depuis j'Ă©coute beaucoup d'espagnol, que ce soit dans les sĂ©ries ou les livres audio. Je pense qu'une sĂ©rie, que j'ai adorĂ©e, m'a fait "passer un cap". Les premiers Ă©pisodes, je demandais Ă  mon ami, bilingue, de mettre sur pause toutes les deux minutes et de m'expliquer ! Puis, assez rapidement, j'ai l'impression que je me suis bien habituĂ©e aux accents des personnages, et puis je connaissais bien l'histoire et peut-ĂȘtre que je comprenais mieux intuitivement..., je n'ai plus mis sur pause une seule fois, je comprenais tout.

Les livres audio : je comprends Ă  95% mais il faut que je sois hyper attentive et concentrĂ©e. DĂšs que mon attention se relĂąche, je perds le fil, j'ai l'impression tout d'un coup que le lecteur parle plus vite, alors que non... Et donc cela est quand mĂȘme trĂšs fatiguant.

C'est lĂ  que je vois la diffĂ©rence avec la langue maternelle, oĂč mĂȘme avec une Ă©coute un peu flottante, on suit...
En espagnol j'ai besoin de maintenir un effort trĂšs important. Crois tu que l'on arrive un jour Ă  quasi la mĂȘme chose dans la nouvelle langue que dans la langue maternelle ?

Avec mes amis hispanophones, je comprends parfois tout, parfois rien ! c'est frustrant ! Pareil, je dois ĂȘtre trĂšs attentive pour comprendre, et si le dĂ©bit verbal est trop rapide, c'est fini...

VoilĂ  pour mon bilan, il n'y a pas vraiment de question mais j'aimerais avoir ton avis et Ă©ventuellement encore des conseils !

Petite question quand mĂȘme : je travaille beaucoup l'espagnol et me crĂ©e un environnement bilingue. Comment insĂ©rer l'apprentissage d'une autre langue (l'anglais) ? L'espagnol, c'est le plaisir, j'adore cette langue... L'anglais est pour moi moins attractif, je veux l'apprendre surtout pour les voyages. Quels conseils me donnerais-tu pour la motivation et pour concilier les deux nouvelles langues au quotidien ?
Quand je cherche mes mots en anglais, c'est l'espagnol qui me vient !!

A bientĂŽt,
Anne (Nancy)

MES COMMENTAIRES :

Hello Anne,

Quelques commentaires sur tout ce que tu me racontes.

Si j'ai bien compris, il te restes encore quelques doutes sur la possibilitĂ© de devenir bilingue ou de comprendre une langue Ă©trangĂšre aussi bien que ta langue natale. Tu sens que c'est possible mais tu doutes quand mĂȘme... comme si c'Ă©tait sĂ»rement possible pour d'autres mais pas forcĂ©ment pour toi. Il existe un biais cognitif qui consiste Ă  se sur-estimer lorsque l'on est mauvais Ă  quelque chose et - Ă  l'inverse - Ă  se sous-estimer lorsque l'on est bon Ă  quelque chose. On appelle cela l'effet Dunning-Kruger. C'est naturel : les personnes incompĂ©tentes dans un domaine ne sont pas Ă  mĂȘme de juger de la difficultĂ© rĂ©elle du domaine en question, donc, elles se sur-estiment. De l'autre cĂŽtĂ©, les personnes compĂ©tentes dans un domaine ont tendance Ă  se focaliser sur leurs propres limites et tout ce qu'elles ne savent pas encore (parce qu'elles ont conscience de l'Ă©tendue du domaine en question) plutĂŽt que sur tout ce qu'elles savent dĂ©jĂ  faire. Cela peut aider Ă  expliquer tes doutes mais mon message est le suivant...

Fonce!

Avec 95% de comprĂ©hension sur les livres audio en espagnol, tu as franchi un beau cap. Les 5% restants ont de quoi ĂȘtre frustrant parfois mais, crois-moi, ils sont atteignables. Vise donc bien d'ĂȘtre bilingue. C'est un objectif que tu peux et vas atteindre en continuant!

Si cela peut t'aider, je suis passĂ© par la mĂȘme chose que toi avec les livres audio en anglais. A un moment donnĂ©, je pouvais beaucoup Ă©couter et presque tout comprendre mais cela me fatiguait Ă©normĂ©ment! (En contre-partie, j'y puisais aussi beaucoup de fiertĂ©). En continuant Ă  m'y tenir, en revanche, ceux-ci m'ont demandĂ© progressivement de moins en moins d'effort jusqu'Ă  ĂȘtre aussi naturels que l'Ă©coute du français.

Une remarque : j'ai longtemps Ă©couter des dizaines et des dizaines de livres de seulement 2-3 auteurs. Je soupçonne que cela m'a facilitĂ© le travail, en m'Ă©vitant d'avoir Ă  me rĂ©habituer Ă  un nouvel accent avec chaque livre. Cela m'a Ă©conomisĂ© des efforts adaptation, tout en me permettant de rĂ©apprendre du vocabulaire que je ne connaissais qu'Ă  l'Ă©crit. Je pouvais alors bĂ©nĂ©ficier de tous les bienfaits du livre audio Ă  moindre coĂ»t. Par la suite, Ă  l'inverse : il y a eu des phases oĂč je cherchais la difficultĂ©/nouveautĂ© et Ă  Ă©couter de nouveaux accents, pour savoir que je saurais les gĂ©rer. Tu voudras peut-ĂȘtre faire de mĂȘme.

Cela fournit une bonne transition pour le langage oral. Dans les livres audio et les mĂ©dias en gĂ©nĂ©ral (tĂ©lĂ©, films), on ne parle tout de mĂȘme pas aussi vite que dans les situations les plus rapides de la vie rĂ©elle, tout simplement par respect pour le lecteur, pour rendre l'Ă©coute plus confortable. Pour t'habituer au langage parlĂ© rapide, tu devras donc simplement t'y exposer de plus en plus! D'avoir dĂ©jĂ  un groupe d'amis qui parle espagnol est un excellent moyen de faire cela. En complĂ©ment (parce que ces opportunitĂ©s peuvent ĂȘtre trop rares), tu voudras t'intĂ©resser de prĂȘt Ă  l'argot et te procurer des contenus argotiques (vidĂ©os YouTube, chanson/rap, argot Internet et langage SMS) pour pratiquer. C'est assez amusant Ă  faire.

Approfondir tes connaissances en phonétique est aussi un bon moyen de gérer les livres audio et le langage parlé rapide. J'ai vu que tu avais acheté Réussir à l'oral en anglais. Tu es donc maintenant familiÚre de la phonétique. Effectuer une esquisse de la phonétique espagnole, de maniÚre similaire, te seras d'une bonne aide.

Enfin, le langage parlĂ© rapide fait ressortir tous nos petites lacunes. Un verbe irrĂ©gulier dont on a nĂ©gligĂ© une des conjugaisons... Une maniĂšre de parlĂ©e diffĂ©rente de ce Ă  quoi on est habituĂ© (et il y a de quoi faire avec les variations entre l'espagnol latino et ibĂ©rique. Exemple, pour l'Argentine : en.wikipedia.org/wiki/Rioplatense_Spanish )... Un point de grammaire alambiquĂ©... Combler de tels exemples, pris sĂ©parĂ©ment, ne ressemble sans doute Ă  rien de bien impressionnant mais, combinĂ©s, ils ont un effet multiplicateur et nous donnent des facilitĂ©s, mĂȘme Ă  grande vitesse.


Pour ce qui est de l'anglais et des voyages... Pourquoi ne pas voyager, si ce n'est déjà fait, dans des pays qui parlent espagnol, pour améliorer encore davantage celui-ci?! Je ne devrais sans doute pas dire cela parce que j'ai un site d'anglais mais, qui a dit que l'anglais devait vraiment dominer en tant que langue d'échange international? Je pense que l'anglais est la premiÚre langue à apprendre parce que c'est la plus répandue mais, AUSSI, parce que maßtriser une seconde langue ouvre facilement la porte pour en apprendre une troisiÚme. Je ne suis pas convaincu qu'avoir une seule langue qui domine les échanges soit souhaitable. Plus il y aura de polyglottes, plus je serai content.

Dans ton cas, tu as commencé par l'espagnol, plutÎt que l'anglais. A ta place, j'irais maintenant aussi loin que possible en espagnol pour me dire que je le maßtrise vraiment et qu'il fait partie de moi. A ce moment-là, il n'interférera plus quand tu essayeras d'apprendre l'anglais. La langue aura "migré" : quand tu chercheras de l'anglais mentalement, instantanément, c'est soit de l'anglais qui répondra présent, soit un vide. Je ne connais pas le mécanisme biologique derriÚre cela mais le phénomÚne est le suivant : une fois que nous maßtrisons vraiment une langue, celle-ci n'interfÚre plus lorsque nous essayons d'en apprendre une nouvelle. (C'est mon observation et celles des polyglottes que j'ai pu rencontrer). A l'inverse, lorsque nous essayons de parler plusieurs langues sans encore les maßtriser, l'une répond présente à la place de l'autre de maniÚre assez chaotique et aléatoire... Par exemple, lors de mon premier séjour en Argentine, je mélangeais espagnol et hongrois, langues qui n'ont pourtant rien à voir! En revanche, l'anglais n'est JAMAIS venu me perturber, dans aucune langue, sans pourtant l'avoir appris dans la petite enfance, mais juste parce qu'il était bien ancré.

En somme, ce que je crains, c'est que l'anglais ne vienne ralentir ta maßtrise complÚte de l'espagnol si prÚs du but. Si tu veux vraiment apprendre davantage d'anglais, ce que je peux comprendre, fais-le avec un effort conscient de séparer les deux langues. En somme : dÚs que tu apprends un nouveau mot dans une langue, vérifie que tu le connais aussi dans l'autre (ma théorie est qu'une langue répond présente lorsque l'autre est trop lente à réagir). Entraßne-toi aussi à passer d'une langue à l'autre sur commande. Cela t'entraßnera à bien les séparer. Etudier la phonétique des deux t'aidera aussi à cela. L'idée est de créer un mode "espagnol" et un mode "anglais", en toi, qui n'interfÚrent pas.

J'espÚre que tout cela t'aide et te dis encore félicitations.
Bonne continuation!
Fabien