Comment je suis devenu bilingue en jouant à un jeu vidéo violent !

Aujourd'hui, j'aimerais vous raconter comment je suis devenu bilingue en anglais.

J'espère que cette autobiographie "anglais" vous aidera à trouver de l'inspiration face à vos difficultés et à éviter les pièges dans lesquels je suis tombé en apprenant l'anglais.

Bonne lecture !


L'éducation débute en famille… ou pas

Soyons honnêtes, l'éducation débute avant tout en famille. Si vous avez des parents qui voyagent et vivez dans une ville cosmopolite, vous serez exposé et motivé par l'anglais bien plus que quelqu'un qui vit dans une région reculée sans Internet. Dans mon cas, je suis né dans une ville assez monotone de Normandie (Cherbourg) et ai grandi avec une seule langue : le français.

Premiers pas en anglais Premiers pas en anglais…

J'ai débuté l'anglais en 6ème comme la plupart de mes camarades. J'avais hâte d'apprendre l'anglais parce que cela me semblait, du haut de mes 11-12 ans, une langue utile à connaître. J'avais même pris un peu d'avance l'été précédent, avec un cahier de vacances. Mais… Je me souviens très bien de notre premier contrôle. Celui-ci portait sur le possessif, avec une séries de questions du type : « comment dire le chien de Marie ? », à quoi je répondais the dog of Mary, comme je croyais l'avoir compris de mes cahiers de vacances… Pas de chance, il fallait dire Mary's dog. Résultat des courses : 6/20, suivi d'un second 6/20…

L'anglais scolaire Que serait un manuel d'anglais sans bus rouge ?!

Je rattrapais ce faux départ pendant l'année, avec au final des notes correctes. Que faisions-nous durant ces cours d'anglais ? Le souvenir reste flou. Nous avions le nez dans le manuel mais parlions peu ou pas, c'est tout ce dont je me souviens. Je me rappelle néanmoins d'une discussion en fin de 5ème où, en petit groupe, le prof s'ouvrait un peu plus et donnait son avis sur les élèves présents. Il disait de moi que je faisais le minimum nécessaire… ce que je prenais comme un compliment, alors que ce n'était évidemment pas le sens de sa remarque.

Pourquoi les geeks sont bons en anglais

Les années se suivent et se ressemblent… On apprend des bouts de ci et de ça. Des verbes irréguliers, de la traduction… et, surtout, beaucoup de questions de culture : les bus rouges à double étage, la Reine d'Angleterre et les gardes du Buckingham Palace viennent remplir nos manuels de leurs photos. A croire qu'il serait impossible d'apprendre l'anglais sans parler d'apple pie. La nécessité de prendre la parole à voix haute s'impose à nous une fois de temps en temps, le temps d'une phase, quand le prof nous interroge – peut-être une fois tous les trois ou quatre cours. Les élèves alors soient pataugent, balbutiant à formuler une phrase ; soit parlent rapidement pour se débarrasser de la corvée ; et il y a aussi l'exception : un ou deux élèves par classe par an, qui prennent la parole avec aise et un accent convaincant, et n'hésitent pas à enchaîner les phrases. Quel est leur secret ?

I didn't choose the nerd life, the nerd life chose me! I h4ve 1337 sk!llz & my c0mpμter r0ckz!

En 4ème, je me prends de passion pour l'informatique. Encouragé par mon acné naissant et mon appareil dentaire, je passe des heures à jouer à des jeux vidéo ou à apprendre comment bidouiller un ordi. Les jeux vidéos sont alors quasiment tous en anglais. Je suis un pauvre ado sans le sous et je consacre des tonnes de temps à jouer à diverses démos de jeux en anglais. Je les épuise jusqu'à la dernière goutte, voire même leurs donne une seconde vie en apprenant à utiliser les cheat codes ou à éditer les sauvegardes de jeux pour tricher. J'apprends aussi d'autres choses telles qu'à retoucher une image dans Photoshop ou d'autres tâches liées à ce que l'on appelle à l'époque l'outil informatique. Je n'en ai pas conscience alors mais cela m'expose à beaucoup d'anglais quotidiennement (dans les menus des programmes en anglais, dans l'interface des jeux, dans le texte des jeux d'aventure…). Le Harrap's n'est jamais bien loin de mon ordi et, quand je ne comprends pas, je cherche le mot dans le dictionnaire. Je ne compte pas les heures.

Nous sommes dans les années 90 et c'est la grande époque de la presse magazine. Je suis quelques magazines, en français, qui distribuent des CD-ROM jetés sur leurs couvertures. Sur ces galettes, les rédactions partagent leurs meilleurs trouvailles. Les contenus (logiciels, e-zines) sont essentiellement en anglais et, entre ma curiosité (mon désir de comprendre) et ma flemmardise (l'effort à fournir pour comprendre !)… heureusement, c'est la curiosité qui l'emporte :-)

Faire confiance au système scolaire ?

Vers cette période, mon prof d'anglais me fait un peu l'effet d'une blague. Avec sa vieille veste en tweed et sa passion admirative pour un auteur anglais, dont il ne cesse de nous rabattre les oreilles, combinés à la tonne de textes chiants qu'il nous force à étudier, j'ai du mal à accrocher. Après l'école, en revanche, je suis toujours heureux de faire quelques trucs en anglais sur l'ordi ; l'ordi me fournit une sorte d'immersion où je n'étudie pas tant l'anglais que je l'utilise. Ce prof perd pour moi toute crédibilité le jour où il me corrige une faute qui n'en est pas une (l'emploi du mot business au pluriel, businesses), sous le prétexte fallacieux que ce serait de l'anglais américain et non pas britannique. Cette année, je me dis que, si jamais je rate ma vie, je pourrais toujours faire prof d'anglais parce que je suis apparemment meilleur que mon prof.

Veste en tweed typique d'un prof d'anglais vieille école Oh, yes, parle-nous anglais dans ta veste en tweed !

Arrivés au lycée, la mascarade, le cirque, la routine des cours d'anglais continue avec son obsession pour la grammaire et la conjugaison. A la différence, du moins ma première année, que le prof d'anglais semble de plus en plus énervé du niveau déplorable de ses élèves. Le prof cette année-là n'est pas des plus agréables mais je suis de plus en plus curieux de savoir pourquoi on dit telle ou telle chose plutôt qu'une autre et à distinguer ce qui est correct et ce qui ne l'est pas. Le prof essaye de nous faire comprendre, à son grand désespoir, la différence entre le preterit et le present perfect. Pour ma part, je m'accroche parce que j'ai envie de progresser, et je fais cette année-là, je pense, de bons progrès en grammaire.

Les débuts d'Internet…

Malheureusement, le lycée m'insupporte. J'ai 16 ans et je sais ce que je veux : c'est programmer des jeux vidéo et les vendre sur Internet ! Mais tout le monde s'en fout. Pourtant longtemps bon élève, je ne prête plus attention en cours et le manque de sommeil n'aide pas. Je passe en effet mes nuits à naviguer une invention alors nouvelle en France (nous sommes en 1997) : de quoi s'agit-il ? Non, pas du Minitel… Bien mieux : Internet ! Tout le monde en parle. Pour ma part, je passe des nuits à surfer et investis tout mon argent de poche dans le coût de ma connexion.

Der 56k Modem Klang - The 56k dialup modem sound

Le son mythique des années 90 !

Internet permet de découvrir plein de contenus, de télécharger une tonne de choses illégalement (mais, en 56K, il faut être patient !) ou encore de rejoindre des « communautés » en ligne. Un système nommé Hotline me permet, par exemple, de créer mon propre serveur et d'en rejoindre d'autres, pour partager des fichiers et rejoindre des salles de discussion. L'air de rien, je me mets à discuter avec des quidams des quatre coins du monde. Si je n'ai aucun souvenir mémorable de la chose, je dois bien reconnaître que c'est sans doute ainsi que j'ai parlé avec des anglophones pour la première fois !

La musique dans la peau langue

A cette époque, je lis mon premier livre bilingue : un recueil de paroles, emprunté à ma sœur aînée. Il s'agit des paroles, traduites, de Jim Morrison, le chanteur des Doors. Je me mets ainsi à découvrir et chanter les paroles de ce groupe mythique. J'apprends l'anglais en m'amusant, en chantant. J'enchaîne avec plus de musique des années 60 et les paroles de la comédie musicale Hair. Je chante les paroles trouvées sur le Net, j'en comprends le plus gros et le dictionnaire m'éclaircit le sens de ce que je ne comprends pas encore. Je connais les paroles par cœur – et m'en souviens des années plus tard !

The doors - Break On Through ( To The Other Side )

Les Doors… ou plutôt Les Torses,
comme je les surnomme à l'époque

Mais le lycée se passe mal. Ma famille ne va pas très bien non plus. En plus de cela, mes compétences sociales sont inversement proportionnelles au temps que j'ai passé faire de l'informatique… Je démarre néanmoins un petit business lié à l'électronique avec un camarade de classe. Il est premier de la classe, je suis dernier de la classe. Et, à la réflexion, nous n'aurions jamais pu développé cette affaire si nous ne parlions pas anglais, vu que tout reposait sur des informations trouvées sur le Net. Notre affaire prend de l'ampleur. Pas dans des proportions suffisantes pour quitter le lycée et prendre mon indépendance mais suffisamment pour mettre de l'argent de côté… Quel rapport avec le fait d'apprendre l'anglais ? Nous y reviendrons…

Sur mes dernières années de lycée, ma prof d'anglais est beaucoup plus vivante et agréable que mon prof précédent. Je suis mauvais dans à peu près toutes les matières, sauf l'anglais. Je décroche mon Bac tant bien que mal et – surtout – soulagé de pouvoir sortir du lycée. J'obtiens 17 à l'épreuve d'anglais (qui est écrite uniquement) avec, sur un des exercices, une histoire à suspense improvisée sur le moment. Le correcteur signe sur ma copie « Excellents réflexes linguistiques ». Mais est-ce que je sais parler anglais ? Nous allons voir que cela dépend vraiment à qui on demande !…

« Vous êtes bilingue »… et mon cul c'est du poulet ?

Arrivé à l'université, je passe un test d'anglais obligatoire. En me donnant le résultat (j'ai décroché un score parfait), mon interlocuteur me dit « Bravo, vous êtes bilingue en anglais ! », ce qui ne manque pas de me faire sourire, vu que je n'ai encore jamais parlé anglais de vive voix avec qui que ce soit !

« Vous êtes bilingue en anglais ! »

Mais ce test d'anglais aura un résultat très bénéfique : il me place non pas en cours d'anglais normal (essentiellement du rattrapage) mais en cours de phonétique anglaise. Celui-ci a lieu dans un labo de langues : nous écoutons des enregistrements en anglais au casque et devons les retranscrire en texte.

Après une dizaine d'années d'anglais, j'ai la chance de me rendre compte que je ne comprends rien à l'oral !! Ou, du moins, je ne comprends clairement pas tout et suis un peu handicapé. Mais le cours est justement conçu pour y remédier. Nous faisons des dictées simples puis des dictées phonétiques ; nous apprenons les symboles de l'alphabet phonétique anglais et à les retranscrire.

The College Dropout

A la même période, je passe toujours beaucoup de temps sur Internet. Je me suis pris de passion pour deux choses : un jeu vidéo ultra-violent (Soldier of Fortune, où le but est de dégommer l'adversaire à coups de fusil à pompe en faisant des headshots) et – encouragé en cela par ce cours de phonétique et le développement du haut-débit et du peer2peer – une sérié télé en anglais : la série Friends.

FRIENDS - S04E01 - We were on a break!

We were on a break!

Aidé de mon fidèle dictionnaire en ligne (qui a remplacé le Harrap's dans mon exploration de l'anglais), je passe beaucoup de temps à chercher des mots dans le dictionnaire pour voir comment ils se prononcent réellement et comment ils s'écrivent en phonétique. Concrètement, lorsque je regarde un épisode de Friends en VO sans sous-titres, je fais retour rapide quand je ne comprends pas… je persiste à essayer de comprendre en répétant quinze fois… Et, quand ça ne passe pas, j'essaye d'écrire le mot pour le trouver dans le dictionnaire en ligne. Ça ne marche pas à tous les coups mais ça fait bien travailler mon oreille à chaque fois ! En quelques semaines, je fais des progrès gigantesques en compréhension orale.

En principe à Paris pour faire mes études, plein de lacunes en maths et saisi d'un ennui mortel par nos cours d'informatique (ce qui fout quand même mal pour un diplôme Mathématiques et Informatique Appliqués aux Sciences), je passe au final de plus en plus de temps à jouer à ce jeu vidéo en ligne… Les seuls cours où je me rends encore sont un cours de développement personnel (!) et un cours de linguistique, en plus du cours de phonétique sus-cité. Comme j'ai de l'argent de côté (je bosse depuis l'âge de 16 ans), je n'ai pas non plus de pression pour étudier plus que cela, du moins pas dans l'immédiat.

La vie de gamer

Ce jeu vidéo occupe bientôt le plus clair de mon temps. Je joue d'abord avec des français sur des serveurs exclusivement français (ZoneJeux pour les nostalgiques). Puis, nous formons une équipe et allons jouer, en tournois, avec des anglophones et, à vrai dire, le reste de la planète ! Il y a de tout : Britanniques, Allemands, quelques Espagnols, beaucoup de Hollandais… Lorsqu'il se fait tard, les serveurs se vident en Europe. Puis, sur le coup d'une heure du mat', ce sont les Américains qui débarquent ! Les joueurs les plus passionnés (hardcore gamers) ou les plus « no life » (selon le point de vue) peuvent ainsi jouer à peu près toute la journée… et toute la nuit. Je me couche souvent au petit matin, épuisé mais heureux d'avoir bien joué, de m'être amélioré à ce jeu.

Mais quel rapport avec l'anglais ?

Tout ce petit monde communique évidemment dans la langue de Shakespeare John Carmack ! Que ce soit à l'intérieur du jeu ou dans toute l'organisation autour du jeu.

Même s'il s'agit d'un jeu vidéo violent, il n'en reste pas moins que le mode de jeu le plus populaire se joue par équipes. Et le gamer, même seul dans sa chambre, reste un animal social ! Nous sommes ainsi très organisés. Les forums créés pour l'occasion permettent de discuter du jeu et d'organiser des tournois. IRC (un système chat rooms) permet de rester en contact avec les membres de son clan ou de discuter avec d'autres équipes, au format texte (détail qui aura son importance).

Eh oui ! On peut apprendre l'anglais grâce à ça !

Je finis par mettre un terme à mon équipe francophone (car la plupart des joueurs ont une vie et ne sont pas aussi fanatiques que moi !) et par rejoindre une équipe que j'admire. Avec un Allemand, une poignée d'Américains et un Écossais, c'est pour moi une dream team, mon meilleur co-équipier français suit peu de temps après. Avec cette équipe, nous discutons évidemment en anglais. Dès que nous sommes en ligne (ce qui est une grande partie du temps !), nous sommes connectés à la même salle de discussion. Nous parlons du jeu évidemment mais pas uniquement, chacun raconte un peu sa vie et les blagues ne sont pas en reste.

Ce faisant, j'apprends l'argot utilisé sur Internet, l'argot anglais tout court, et les différences entre anglais américain et anglais britannique. Surtout, je me retrouve vite à communiquer en anglais à peu près 24h/24. Cela me donne une tonne d'expérience en anglais.

A force de pratique, j'apprends à comprendre tout ce que l'on me dit. J'apprends aussi à trouver mes mots et à trouver de meilleurs moyens d'exprimer mon idée lorsque je ne suis pas compris ; j'apprends à avoir le mot juste, plutôt qu'exprimer mon idée de manière approximative. Rien ne peut remplacer la quantité ! Et, à force de communiquer en anglais, je n'avais plus besoin de chercher mes mots, ils venaient tout seul (et, soyons honnêtes, nous disons tous à peu près la même chose d'une journée à l'autre ; la répétition forgeait l'anglais dans mon cerveau). Je pensais en anglais. Je faisais plus d'anglais que de français.

En parallèle, je continuais à regarder de plus en plus de séries télé et m'étais mis aux films en anglais. Au fil du temps, je comprenais à peu près tous les contenus qui se faisaient en anglais américain. Quand je ne comprenais pas quelque chose, je n'étais plus certain si c'était dû à mon anglais ou non (tout comme, en français, on peut ne pas comprendre tout simplement parce que quelque chose est mal articulé, bizarrement formulé, bruyant, etc.) Je commençais à avoir l'impression d'être réellement bilingue au sens d'être capable de tout comprendre et tout exprimer. Mais qu'en était-il vraiment ?

Incompréhensible à l'oral ?

Un joueur britannique que je connaissais vaguement est alors de passage à Paris et évoque l'idée de se rencontrer. Je finis par l'avoir au téléphone mais l'échange est tellement compliqué que la rencontre ne se fait pas. Le fait est que, malgré tout ce temps passé à écrire et trouver le mot juste en ligne, mon anglais parlé, lui, souffrait encore de lacunes énormes : mon accent était fort, trop fort, et à peine compréhensible !

Parler anglais au téléphone, une autre paire de manches 🎶 Le téléphone pleure… 🎶

Les mois se suivent et se ressemblent… Tant et si bien que je finis par passer environ trois ans à jouer à ce jeu vidéo violent… mais extrêmement sociable, même si virtuel.

Lorsque l'on demande à ses enfants de ne pas jouer autant au jeu vidéo et de prendre leurs études sérieusement, on le fait souvent avec, en arrière-pensée, que s'ils échouent ils vont finir clodo ou par faire le pire des métiers au monde… On ne songe pas à ce qu'ils puissent en ressortir bilingues.

La tête des gens face à mon accent anglais incompréhensible La tête des gens face à mon accent anglais incompréhensible

Vers la fin de cette période, un joueur hollandais de passage à Paris me rend visite. Si mon souvenir est exact, il avait passé beaucoup de temps aux Etats-Unis. Bref, son anglais est impeccable. Mais, alors que nous pouvions communiquer sur un pied d'égalité en ligne, à l'écrit, la communication à l'orale est très compliquée. Mes cours de phonétique m'ont enseigné à comprendre l'anglais parlé mais pas à le prononcer ! Je le comprends mais il ne me comprends que difficilement et je dois tout répéter.

En fait, j'ai passé des années à renforcer ma prononciation incorrecte en lisant mentalement tout l'anglais que je lisais ou écrivais avec, non pas une prononciation anglaise (ou américaine) mais une prononciation franco-imaginée ! C'est donc une rencontre en demi-teinte. Si je suis content d'avoir échangé en anglais alors que je viens de vivre un peu en ermite, je dois aussi réaliser a) que mon accent est très, très dur à comprendre, à cause d'erreurs de prononciation énormes ; mais aussi b) que je ne suis pas à l'aise socialement. Mes cours de phonétique m'avaient permis de comprendre l'anglais oral mais cela n'avait pas transféré à ma propre prononciation.

Etais-je bilingue à ce moment-là ? Chacun jugera ; et il faudra se poser la question de ce que veut vraiment dire être bilingue. Certains grands auteurs ont maîtrisé une langue étrangère et publié de grands romans dans cette langue… tout en gardant un très fort accent. On songera notamment à Joseph Conrad (l'anglais était sa troisième langue) ou à Samuel Beckett (qui traduisait lui-même ses œuvres). La question est très bien étudiée par François Grosjean dans son livre Parler plusieurs langues: Le monde des bilingues.

S'ouvrir au monde

Les jeux vidéo sont comme une drogue et, après plusieurs périodes où je quitte puis reprends le jeu… Je finis pas décrocher pour de bon. Cela commençait à tourner en round et, surtout, j'avais besoin de me faire une vie en dehors de l'écran de mon ordinateur.

Exit, en anglais, se dit exit !

Un jour, je participe à mon premier MeetUp. Entouré majoritairement d'anglophones, je suis excité à l'idée de pouvoir discuter en anglais et rencontrer de nouvelles personnes. Je les comprends bien… mais, en retour, je les fais souvent froncer des sourcils ! A vrai dire, je commettais encore des erreurs de prononciation tout bonnement horribles (et sortir du système scolaire avec de telles erreurs devrait amener à réfléchir sur la manière dont l'Education Nationale s'y prend). Par exemple, je prononçais le mot great comme le mot greet parce que, pour moi, -ea- se prononçait /i/ comme dans eagle. Un exemple d'erreur pris tant d'autres.

Le problème est évidemment que je n'avais pas conscience de toutes ses fautes sur le moment. Au fil du temps, des rencontres comme celles-ci m'amenèrent à me remettre en cause, à prendre conscience de certaines erreurs, et à en corriger beaucoup.

Trouver du travail grâce à l'anglais

Ayant fini par épuisé mes réserves d'argent et après avoir essayé un ou deux business qui n'ont pas marché, je me résous à chercher du travail. Ce n'était honnêtement pas facile (j'avais dénombré une bonne centaine de CVs envoyés, pour des entretiens qui se comptent sur les doigts d'une main).

Travailler en anglais Now get a job you little wanker!

Après des mois de recherche, deux compagnies semblent enfin intéressées. L'une vend des produits informatiques et aime le fait que je sois bilingue. L'autre m'intéresse encore plus de part la bonne humeur qui s'en dégage mais je ne sais pas encore quelle est leur décision ; elle a aussi besoin de quelqu'un qui parle anglais. Je fais jouer l'une pour l'autre en indiquant que je préférerais bosser avec eux mais que, si la réponse est négative, j'aurais besoin de le savoir rapidement afin d'accepter la première offre. Cela marche et je décroche le boulot que je voulais !

L'essentiel du travail se fait en français mais, de temps en temps, il s'agit de discuter en anglais avec un technicien hollandais (encore eux !). Je suis alors heureux de décrocher le combiné et de pratiquer mon anglais, alors que mes collègues rechignent un peu et sont contents de me refiler l'appel. Tout le monde y gagne ! A l'occasion, nous échangeons par e-mail ou recevons un appel des USA ; cela se passe bien mais les occasions sont trop rares.

La boîte m'envoie un jour en Suisse. J'en profite pour rencontrer un joueur que je connaissais qui habitait la région. Nous avions souvent joué ensemble, puis dans la même équipe. Je savais que son anglais écrit était bon mais pensais aussi que mon anglais était meilleur, plus riche, que le sien. Ce jour-là, il m'avoua qu'il me pensait totalement bilingue en raison du langage que j'utilisais (argot, expressions idiomatiques et autres expressions fleuries)… mais, en face à face, il se rendait compte à quel point j'avais un fort accent français ! Ma prononciation s'était améliorée et était devenue plus claire mais mon accent n'avaient encore rien de convaincant. Si avoir un accent peut avoir du charme, je devais me rendre à l'évidence : mon accent français me jouait encore des tours ! Cette nouvelle rencontre en demi-teinte me motivait à réduire mon accent davantage.

Carte des pubs anglais Carte des pubs anglais

Après deux ans dans la boîte, la filiale anglaise du groupe a besoin d'un coup de main. On pense alors à moi, ce qui m'arrange aussi car je commençais à m'ennuyer. Mais, avant cela, je dois passer un « test » sous la forme d'un appel téléphonique avec la responsable de l'équipe technique anglaise. Je m'isole alors dans un bureau pour un échange téléphonique avec une certaine Fiona. J'anticipais un peu cet échange avec une Britannique car j'étais surtout habitué à l'accent américain neutre de la télévision américaine et redoutais de me retrouver face à un accent que je ne comprends pas, à devoir faire répéter… Mais, au final, l'appel passe comme une lettre à la poste ! Fiona indique à mon responsable que mon anglais est impeccable et je me retrouve à passer quelques jours au Royaume-Uni !

J'ai déjà écrit sur le sujet dans une ancienne newsletter. Mais, en somme, si tout n'est pas parfaitement facile (les échanges téléphoniques avec les Écossais sont redoutables… mais on peut se rassurer en se rappelant que c'est aussi le cas pour les Anglais eux-mêmes), je peux faire mon boulot et sympathiser, le soir venu (au pub, évidemment !), avec mes collègues British.

A la même époque, je profite de mes temps de trajet pour écouter de nombreux livres audio (en anglais, évidemment) dans le métro.

Entre les livres audio, les séries télé le soir et d'autres projets, je fais de l'anglais chaque jour sans compter mais y consacre sans doute des dizaines ou vingtaines d'heures par semaine. Je ne fais pas de l'anglais pour l'anglais ; l'anglais est un moyen de faire des choses qui m'apportent quelque chose : développement personnel, marketing, livres sur le business, livres sur la communication, programmation, guitare…

L'anglais pour la vie

Les années se suivent… et ne se ressemblent pas.

Je partage mon expérience à apprendre l'anglais dans mon livre Comment devenir bilingue en anglais (publié en indépendant et vendu à plusieurs milliers d'exemplaires). Puis voyage beaucoup… m'ouvre beaucoup… Me mets au Hongrois… pars pour un tour du monde d'un an (qui me fait passer entre autres par la Nouvelle-Zélande, l'Australie et les États-Unis) et finit par en durer plutôt trois !… Me mets par la suite au russe. Dans l'intervalle, je publie Le don des langues (un Personal MBA pour les langues vivantes), puis un cours de phonétique, donne une vingtaine de webinaires et conçois enfin la formation dont j'aurais aimé disposer pour apprendre des langues – la formation d'anglais en ligne Click & Speak™ – maintenant utilisée par un millier de personnes.

Tour du monde pour parler anglais et d'autres langues Avec l'anglais, le monde s'ouvre à vous

Tout cela… parce que je n'écoutais pas à l'école, préférais apprendre des choses EN anglais aux méthodes scolaires, et en passant trois ans à jouer à un jeu vidéo en ligne !

Non, ce n'est pas la méthode traditionnelle enseignée à l'école… mais chacun doit se forger son propre chemin, personne d'autre ne peut le faire pour vous.


Voilà, j'espère que cette histoire vous a plu et qu'elle n'a pas été trop longue !

Ce n'est évidemment qu'une histoire – mon histoire – and there's more than one way to skin a cat (« il y a plusieurs manières de plumer le canard »).

Si c'était à refaire, je changerais évidemment bien des choses, notamment par rapport à l'expression orale (peut-être aurons-nous l'occasion de les évoquer dans un prochain article ?).

D'ici là, si j'ai pu le faire, vous pouvez le faire vous aussi !… et en commettant moins d'erreurs !

S'il y a un « secret », c'est d'arrêter de procrastiner et de trouver l'angle qui vous plaît – le but, la motivation – qui vous amènera à faire de l'anglais tous les jours sans voir le temps passer ! Le seul moyen d'échouer, c'est d'abandonner.

En vous souhaitant bonne continuation en anglais et sur ce blog !

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Commentaires sur Comment je suis devenu bilingue en anglais (Fabien)

2 commentaires à date 👏

  1. What a wonderful article!
    As an English teacher working with engineers and future engineers here is my recipe for overcoming the eventual shortcomings of a lycée education in English:

    • Fluency - speak continuously at least two minutes today, even if it’s with your bathroom mirror!
    • Precision – write in English, at least one paragraph per day.
    • Prosody - tell lots of stories. Entertain. Play with the music of the language.
    • Pronunciation – dictate to your telephone! If you get it right it writes what you say. If it doesn’t start again :-) .
    • Interaction – meet lots of people. Go to meetup, pubs and anywhere else where you can speak English. Create an English-speaking world yourself.
    • Vocabulary and culture – watch television series, go to the movies, go to the theatre, read books, travel, sing songs, play video games etc. etc. The more you explore the world the more your vocabulary and your understanding will grow. In any language.

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